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" Pour la première fois de leur vie,
le 4 avril 1955, à 9 heures 40 du soir, les femmes et
enfants des 140 000 mineurs du Nord et du Pas-de-Calais ont pu voir
de leurs yeux leur mari ou père travailler au fond de la
mine. Sans quitter la surface, les familles ont suivi pas à
pas, dans les sombres galeries souterraines, ces hommes dont elles
partagent l'existence, mais dont elles n'avaient jamais vu
réellement le labeur quotidien. " Sous la direction de Pierre Tchernia, 30 techniciens, trois camions :de matériel et un car de reportage ont été mobilisés pendant quatre jours. Au prix de véritables acrobaties techniques, ils ont réalisé la première émission en direct du fond de la mine. Sur les écrans des récepteurs, très nombreux dans les corons, des milliers de téléspectateurs ont pu voir la descente dans le puit 12 de Lens, à 270 mètres de profondeur et le visage quotidien d'un des métiers les plus dangereux et pénibles qui soient. |
" La " taille" ou va travailler l'abatteur peut être assez haute pour que l'on puisse s'y tenir debout, mais bien souvent, le mineur doit passer ses huit heures couché à plat ventre dans un boyau de 50 cm de hauteur...
La plus grosse partie du charbon abattu roule de son propre poids jusqu'au convoyeur blindé qui l'emporte, mais au fur et à mesure que l'on s'en éloigne, il faut déblayer à la main, le charger à la pelle. C'est le plus dur. Mr Castille s'active dans l'amas de blocs, de gaillettes et de poussier... Puis il reprend le piqueur, surveillant de ses yeux blancs, le toit de la taille qui peut s'effondrer...
La terrible silicose...
" Castille songe à ces
jeunes " galibots " qui, promus mineurs de fond, ont choisi de
travailler dans le roc, au percement des quelque 100 km de bowettes
qui s'ajoutent chaque année, dans le bassin, au
réseau ancien. Pleins d'une santé et d'une
énergie qu'ils croyaient à toute épreuve, ils
ne se sont pas ménagés. Peu à peu, la fine
poussière
de silice colloïdale qu'ils ont respirée s'est
accumulée dans leurs poumons et à a provoqué
la destruction des alvéoles pulmonaires : ils ont
été silicosés...
Quand la proportion de ces ravages devient trop importante, le médecin de la mine exige qu'on retire du fond, ceux qui sont atteints. Ils deviennent manœuvre de surface et sont pour le reste de leur vie, incapable de tout effort.. Quelquefois même ils ne peuvent plus travailler du tout et sont contraint de vivre de la pension que leur alloue l'administration en luttant contre de terribles crises d'asphyxies. "
Le seul remède contre la silicose est préventif :
il faut éviter la poussière. C'est aux techniciens
que ce rôle appartient. Or, la silicose, dont on n'a
commencé à parler que vers 1932 faisait beaucoup
moins de ravages il y a une cinquantaine d'années. Le
travail était artisanal et lent.. Pour creuser les bowettes,
on perçait les trous à la barre à mine avant
d'y introduire les explosifs. La poussière s'évacuait
lentement, mais ne volait pas. En 1932, on donna aux bowetteurs des
marteaux perforateurs qui avaient un fleuret creux par où
passait de l'air comprimé. Sous leur souffle, la
poussière s'évacuait en tourbillon.
L'atmosphère devenait irrespirable. Un homme non
entraîné s'y mettait à vomir au bout de dix
minutes. Ce fut une hécatombe, Toute une
génération ,celle des hommes qui avaient 30 à
45 ans en 1945 ,mourut. Les privations dues à la guerre y
furent aussi pour quelque chose. Pendant trois ans, on
déserta la mine, Mais que faire dans ce Nord où l'on
n'a guère d'autre alternative que d'être mineur ou de
s'inscrire au chômage?
Les récents progrès de la technique, s'ils n'ont pas
complètement écarté le danger, il l'ont
considérablement atténué. Les
marteaux-perforateurs sont maintenant à injection d' eau. Le
plus gros de la poussière s'évacue en boue...
"