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Chronique de Dominique Paquet  posté le mercredi 02 avril 2008 13:56

Ainsi donc, la patrie des Lumières, la terre qui a vu naître Diderot et Voltaire, le pays, par excellence, des Droits de l’Homme, la nation qui a tenu à ce que les termes Egalité et Fraternité subliment sa devise, ainsi donc cette nation-là n’a pas pu empêcher qu’une partie de sa population se fasse insulter, agresser, humilier par une autre partie de sa population !

Cela s’est passé avant-hier soir, pas loin de chez nous et, encore, pas n’importe où : dans un lieu  qui se veut rassembleur. Car sinon, pourquoi porterait-il le nom de Stade de France, c’est-à-dire le stade de la France, de toute la France ?

« Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch’tis ». 

On a beau se dire que ce trop-plein de méchanceté, de haine, d’ignominie ressemble comme deux gouttes d’eau au vide des esprits qui l’a conçu, puis alimenté, le dégoût et l’accablement n’en surgissent pas moins : cette fois, la nudité intellectuelle a atteint des sommets a priori inaccessibles de médiocrité imbécile, de lâcheté féroce, de malfaisance désespérément engluée dans l’arrondi rasé au millipoil de têtes fascistes et creuses. Oups ! Un pléonasme. Pardonnez-moi…

J’étais moi-même ce samedi au Stade de France. Je me réjouissais d’assister à cette finale de la Coupe de la Ligue entre Lens et le Paris Saint-Germain. L’événement était rempli de promesses. Il connut un déroulement nauséeux. Le halo de douceur qui m’avait conduit à ma place de tribune s’est ainsi transformé en flux répétés produits par une douleur morale insoutenable tandis que mes yeux  découvraient et que mon esprit décryptait ces mots d’ombre et d’effroi, où  l’abjection totale confinait àl’infamie absolue.

« Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch’tis ».

Le 10 mars 1906, une tragédie minière sans précédent faisait, à Courrières, 1.099 victimes. Courrières se situe à quelques kilomètres à peine de Lens, en plein cœur de ce qui était autrefois l’une des régions minières les plus riches et les plus actives de France. Courrières, le 10 mars 1906. 1.099 victimes sur près de 1.800 mineurs descendus ce jour-là.  Etrangement, c’était aussi un samedi. Alors, eux, ces gens-là, et bien d’autres, et leurs descendants, des pédophiles, des chômeurs, des dégénérés, car c’est bien  cela que sous-entend le terme « consanguin » : dé-gé-né-ré ?

« Casse-toi, pauv’ con » est une phrase, désormais mémorable, qui a été récemment prononcée par le premier des Français. Elle est plus que jamais d’actualité, à condition de la décliner cette fois au pluriel. Sans censure. Mais en ce qui me concerne avec une seule interdiction, une promesse en fait, un serment plutôt : celui de ne plus jamais remettre les pieds à un match du Paris Saint-Germain tant que la raison et le respect n’yrègneront pas. Par contre, je serai ce week-end à Lens. A la mi-temps du match, je reprendrai, comme d’habitude, avec le public de Bollaert, le refrain de la chanson de Pierre Bachelet : « Les Corons ». Un hymne àl’amour, l’amour d’une terre, une terre magnifique empreinte de courage,de bonté, de générosité. Allez, pauv’ cons, ne venez surtout pas polluer cette terre-là.  Et cassez-vous des stades…

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